Les rencontres
En 2026, les Rencontres Enfance & Nature s’ouvrent sur une question simple, mais essentielle : quel lien physique entretenons-nous encore avec la nature ?
Aujourd’hui, les enfants et les adolescents passent de moins en moins de temps dehors. Les heures de jeu libre dans les bois, les courses dans les champs, les cabanes improvisées ou les arbres grimpés se raréfient. Cette absence de contact direct transforme profondément leur rapport au vivant : moins d’expériences sensorielles, moins d’émerveillement, mais aussi moins de connaissances et de confiance pour agir en faveur de la nature.
Cet éloignement n’est pas anodin. Il dit quelque chose de l’évolution de notre société, de plus en plus tournée vers le virtuel et l’artificiel. Il interroge notre éducation : comment transmettre le souci du vivant ( Fleury et Prévot, 2017) si nous n’offrons plus d’occasions concrètes de l’expérimenter ? Comme l’ont montré plusieurs chercheurs (Charlot, 2020 ; Pyle, 2003 ; Cottereau, 2025), la nature ne se réduit pas à un décor : elle participe à la construction de notre identité, de notre équilibre, de notre santé globale.
Quand l’expérience corporelle de la nature s’efface, c’est aussi un sentiment d’appartenance à la nature (Plumwood, 2020) qui s’affaiblit. Cela touche la manière dont les jeunes se perçoivent, mais aussi leur rapport aux autres et au monde. Comme le rappelle Lydie Laigle (2013), cette distance peut même réduire le sentiment de légitimité à agir pour le vivant.
Pourtant, cette nature absente peut devenir une chance : elle révèle un désir, une urgence, un besoin de réinvention. Les recherches récentes (Mygind et al., 2019 ; Willis, 2024) montrent que renouer avec une expérience physique de la nature est bénéfique à la fois pour la santé, l’éducation et le lien social. C’est pourquoi nous avons choisi, pour cette édition, d’aborder la physicalité de la nature : sa substance, sa proximité avec les enfants, et la façon dont elle façonne nos vies.
Deux grands axes guideront nos échanges :
Les démarches éducatives : écoles en forêt, classes dehors, dispositifs de formation et initiatives locales qui rapprochent ou parfois éloignent les jeunes du vivant.
Les démarches préventives et thérapeutiques : la nature comme ressource pour la santé physique, mentale et sociale.
Ces deux journées seront l’occasion de faire le point sur les savoirs actuels, de partager des expériences, d’interroger les politiques publiques et d’écouter les préoccupations des territoires. Mais surtout, elles nous permettront de croiser les regards éducatifs, médicaux, associatifs et universitaires afin d’identifier ensemble des pistes d’action. Notre ambition est claire : favoriser la reconnexion des enfants avec la nature, non seulement pour préserver le vivant, mais aussi pour préserver notre propre humanité.
Intervenants de la première journée, à Strasbourg :
Avec Laerke Mygind, chercheuse aux hôpitaux universitaires de Copenhague, Benjamin Billet, chargé de mission au Ministère des Sports, Gillian Cante, doctorante en sciences de l’éducation et en STAPS à l’Université de Strasbourg, Stéphania Benamor et Louis Martin, chargé·es de mission à l’Eurométropole de Strasbourg et Mathilde Duflos, Maître de Conférences à l’Université de Tours.
Programme de la première journée, à Strasbourg :
Modération : Gillian Cante (Université de Strasbourg)
9h00 – Café d’accueil
9h30 – Introduction
10h00 – Laerke Mygind : Présentation de la recherche sur les bienfaits pour la santé d’une éducation au contact de la nature
11h00 – Benjamin Billet : Approches inclusives de l’activité physique en plein air – pensons la nature et l’activité physique au-delà d’une approche sportive et compétitive
12h-13h30 – Buffet déjeunatoire dans le hall de la MISHA
Modération : Guillaume Christen (Université de Strasbourg)
13h30 – Gillian Cante : Le jeu libre et les « affordances » des lieux – une perspective des politiques publiques
14h00 – Stéphania Benamor et Louis Martin, chargées de mission à l’Europmétropole, et Louis Schutt, diplômé du Master ville et environnement : Présentation des balades nature dans l’Eurométropole de Strasbourg
15h00 – Atelier de recherche PRAXIS – « Affordances » naturelles et expériences corporelles : Comment les « affordances » offertes par les environnements naturels peuvent-elles soutenir le développement global de l’enfant (sensoriel, moteur, social, émotionnel) et nourrir une éducation incarnée à la nature dans la petite enfance ?
16h00 – Échanges avec les étudiant·es présent·es
17h00 – Clôture de la journée
Infos
Inscription
Ressources
Charlot, B. (2020). Éducation ou barbarie : Pour une anthropo-pédagogie contemporaine. Economica Anthropos.
Christen, G. (2024). Une transition énergétique à double vitesse ? Des inégalités de contribution qui renouvellent des lignes de partage dans la ville. Sociographe, (2), XXXIII-XLV.
Cottereau, D. (2025). Habiter le monde au fil de soi : Récits de vie et écoformation. L’Harmattan.
Fleury, C., & Prévot, A.-C. (2017). Le souci de la nature : Apprendre, inventer, gouverner. CNRS éditions.
Mygind, L., Kjeldsted, E., Hartmeyer, R., Mygind, E., Bølling, M., & Bentsen, P. (2019). Mental, physical and social health benefits of immersive nature-experience for children and adolescents : A systematic review and quality assessment of the evidence. Open Science Framework.
Laigle, L. (2013). Pour une transition écologique à visée sociétale. Mouvements, 75(3), 135-142.
Plumwood, V. (2020). Réanimer la nature (L. Bury, Trad.). In Réanimer la nature (Presse Universitaires de France, p. 19‑65). Presses Universitaires de France.
Pyle, R. M. (2003). Nature matrix : Reconnecting people and nature. Oryx, 37(2), 206‑214.
Vitores, J. (2025). La nature à hauteur d’enfants : socialisations écologiques et genèse des inégalités. La découverte.
Willis, K. J. (2024). Naturel : Pourquoi voir, sentir, toucher et écouter les plantes nous fait du bien (L. Kiefé, Trad.). Éditions du Seuil.
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